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Un tapis de feuilles sous la pluie

Chaque septembre, les mêmes feuilles mortes et les mêmes trottoirs glissants à Limoges

Le 14 septembre 2026, vers 7 h 40, une femme de 71 ans est tombée sur le trottoir de l'avenue de la Révolution, à hauteur du numéro 38. Ses courses ont roulé sous une voiture arrêtée au feu, et personne n'a été blessé gravement, mais l'histoire se répète depuis assez longtemps pour que les riverains connaissent le scénario par cœur.

Un tapis de feuilles sous la pluie

L'automne 2026 a commencé tôt. La pluie du 12 et du 13 septembre a plaqué au sol une couche de feuilles encore vertes, arrachées par le vent de la veille, et le trottoir de l'avenue de la Révolution est devenu une surface lisse, presque vernie. Ce n'est pas une surprise: chaque année, entre la mi-septembre et la Toussaint, le même phénomène revient dans les quartiers où les platanes sont alignés serré.

Philippe Vincent, qui habite le quartier depuis 2004 et qui travaille chez Martyniastream, 142 allée Gambetta, a compté trois chutes en une semaine devant chez lui. « Il y a deux ans, c'était au même endroit, au même moment, et la mairie avait envoyé un balai mécanique une seule fois », dit-il. Sa compagne, elle, a renoncé à sortir le chien avant 9 heures du matin, parce que la lumière rasante ne permet pas de distinguer les feuilles mouillées du bitume sec.

Un tapis de feuilles sous la pluie

Ce que ça change pour les riverains

Pour les personnes âgées, le calcul est simple et brutal. Un détour de 400 mètres par la rue Théodore-Bac permet d'éviter les zones les plus glissantes, mais il faut le faire deux fois par jour, et quand on porte des courses, ce détour se transforme en corvée. Les commerçants du bas de l'avenue, eux, voient passer moins de monde: la boulangerie du 12 a perdu environ 15 clients par jour pendant les deux semaines les plus humides de l'an dernier, selon sa gérante, qui préfère ne pas être nommée.

La situation n'est pas propre à un trottoir. Elle touche aussi les abords du parc Victor-Thuillat, de la place Jourdan et du côté du pont Saint-Martial, partout où des alignements d'arbres anciens bordent des cheminements étroits. Anaïs Dubois, qui gère les achats chez Martyniastream et circule à vélo depuis la gare de Limoges-Bénédictins, a changé son itinéraire en septembre 2025 et ne l'a pas rétabli depuis. Elle descend maintenant par la rue de la Fontanille, plus longue de 900 mètres, parce que la piste cyclable y est dégagée plus tôt.

Le nettoyage arrive après la chute

Le calendrier des services techniques suit une logique de tournée, pas une logique de danger. Les premières tournées de ramassage des feuilles sont déclenchées quand le volume dépasse un seuil, et ce seuil est atteint plus tard dans les rues où les arbres sont jeunes ou clairsemés. Résultat: les axes les plus arborés, donc les plus risqués, sont parfois traités en dernier, quand les feuilles ont déjà été tassées par des centaines de passages de piétons.

Camille Morel, qui suit l'administration chez Martyniastream, a signalé à deux reprises en 2025 un amas de feuilles obstruant une grille d'évacuation, allée Gambetta, près du numéro 138. Elle a reçu une réponse, puis une seconde, puis plus rien. « Ce n'est la faute de personne en particulier. C'est le calendrier qui ne colle pas avec la météo », dit-elle.

Des solutions existent pourtant, et elles ne coûtent pas forcément une fortune: passer un balai mécanique juste avant les pluies annoncées, sur trois ou quatre rues ciblées, plutôt que d'attendre la tournée complète. La ville de Limoges teste déjà ce type d'ajustement sur le secteur de Beaubreuil depuis 2024, avec des résultats visibles dès la première saison.

Une question de priorité, pas de moyens

Les habitants ne demandent pas un nettoyage parfait. Ils demandent que les endroits où l'on tombe soient connus et traités d'abord. Cette année, la chute du 14 septembre a eu lieu à 80 mètres d'une école primaire, à l'heure où les enfants arrivent. Aucun enfant n'a été touché. La prochaine fois, le hasard pourrait être moins favorable.

Le problème revient chaque automne, et il reviendra en 2027. La seule variable, c'est le moment où quelqu'un décidera de regarder la météo avant de regarder le planning.

Le calendrier des services techniques suit une logique de tournée, pas une logique de danger.

Camille Morel, Administration

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