Une presse à chaud dans un garage de Landouge
En janvier 2000, Philippe Vincent installe une presse à chaud, deux établis et un ordinateur d'occasion dans le garage d'une maison de Landouge, à l'ouest de Limoges. Il travaillait jusque-là pour un imprimeur du centre-ville, rue du Clocher, et voyait passer des commandes d'enseignes qui repartaient vers Brive ou Poitiers faute d'atelier disponible sur place. Il a repris le créneau avec une machine de découpe vinyle achetée d'occasion à un signaleur de Saint-Junien qui fermait boutique.
Les six premiers mois ont été maigres. Un bail signé au 142 allée Gambetta en septembre 2000 a donné à l'activité une vitrine et une adresse fixe, ce qui a changé la donne auprès des commerçants du quartier de la Gare. Philippe Vincent a embauché Anaïs Dubois en 2004 pour tenir les achats de vinyle, de plexiglas et de peinture, puis Camille Morel en 2011 pour l'administration, les devis et le suivi des commandes. L'équipe n'a pas grandi au-delà de ces trois personnes, et elle n'a jamais déménagé.
L'entreprise est une EURL, Martyniastream EURL, ce qui a une conséquence simple, l'atelier ne prend que ce qu'il peut produire lui-même dans ses murs.
Ce que l'atelier a refusé, et pourquoi
Les refus sont arrivés tôt, et ils tiennent encore aujourd'hui. Un électricien de Couzeix a proposé en 2003 une association pour poser des enseignes lumineuses avec alimentation sur le réseau : Philippe Vincent a décliné, faute d'habilitation et parce que le raccordement au tableau ne relève pas du métier de l'enseigniste. Cette limite n'a jamais bougé depuis.
Martyniastream ne touche pas aux véhicules, même pour un simple lettrage de portière ou un logo de flotte, et renvoie vers des ateliers de covering de la zone de Romanet. L'atelier n'intervient pas non plus sur les circuits frigorifiques, donc pas de décoration de vitrines réfrigérées ni de chambres froides de boucherie, un point qui a écarté plusieurs demandes du marché de gros. Il ne travaille pas sur le bâti : ni perçage de façade classée, ni reprise d'enduit, ni pose en hauteur sur échafaudage, seulement la fourniture et la pose des éléments d'enseigne préparés en atelier quand la fixation reste accessible depuis le sol ou une nacelle louée par le client. Enfin, aucun pesticide ni biocide n'est appliqué, y compris pour préparer un support encrassé avant peinture.
Ces refus ne sont pas une posture commerciale. Ils découlent d'une seule règle interne : ne pas facturer une prestation qui exigerait une compétence ou une assurance que l'atelier ne détient pas.
Ce qui sort de l'atelier
Le catalogue réel tient en quelques lignes : lettres découpées en vinyle adhésif, plaques de porte gravées ou imprimées, panneaux peints à la main, vitrophanie pour commerces, signalétique intérieure pour bureaux et ateliers. Anaïs Dubois commande le vinyle en rouleaux de 1,22 m chez un fournisseur de Limoges-Nord et le plexiglas découpé à la dimension, ce qui évite les chutes inutiles et les délais longs.
Une boulangerie de la rue François-Perrin a fait refaire sa vitrine complète en mars 2024, avec lettrage vinyle blanc et bandeau peint, livrée en cinq jours. Une étude notariale du quartier des Halles a commandé dix-sept plaques de porte gravées pour ses bureaux, posées une par une sur deux matinées. Le club de handball de Couzeix a fait réaliser ses banderoles de salle en bâche imprimée, six panneaux de 2 m sur 1 m, à l'été 2023.
Les commandes passent surtout par téléphone au 05 16 64 38 77 ou par courriel à [email protected]. Philippe Vincent assure les devis, les relevés de cotes sur site et la validation des fichiers avant découpe. Anaïs Dubois gère les approvisionnements et le contrôle des teintes, Camille Morel la facturation et les relances. Aucune autre personne ne travaille ici, et aucun sous-traitant n'intervient sur les chantiers, ce qui explique que l'agenda se remplisse parfois trois semaines à l'avance sans qu'aucun délai ne soit promis au client.
Le quartier, les clients, les habitudes
L'atelier ouvre du lundi au jeudi de 8h30 à 17h30, et le vendredi de 8h30 à 15h00, week-end fermé. Ce rythme suit celui des commerces voisins : beaucoup de relevés de cotes se font tôt le matin, avant l'ouverture des boutiques, ou après 17 heures quand la rue se vide.
La clientèle vient de Limoges même, du centre historique jusqu'à Beaubreuil et Valdivienne, mais aussi de Saint-Yrieix-la-Perche, de Panazol ou d'Aixe-sur-Vienne. Il arrive qu'un artisan de Bessines-sur-Gartempe commande un jeu de plaques pour un atelier partagé, ou qu'une association culturelle du quartier de la Bastide demande une vitrophanie saisonnière pour annoncer un spectacle. Les devis sont établis après visite, jamais par téléphone seul, parce que mesurer une vitrine depuis un couloir ne donne rien d'exploitable.
Depuis 2000, la matière a changé, les vinyles tiennent mieux dehors et les machines découpent plus fin, mais la méthode reste la même : voir le support, proposer une solution réalisable en atelier, et dire non quand ce n'est pas le cas.