Accéder au contenu
Rue du Clocher, 8h40

Enseignes lumineuses : à Limoges, le gel du secteur sauvegardé bloque trois vitrines de la rue du Clocher

Le 1er septembre, la Ville de Limoges a suspendu toute nouvelle autorisation d'enseigne lumineuse dans le secteur sauvegardé. Rue du Clocher, un bandeau en chêne dort chez un menuisier de Couzeix.

Rue du Clocher, 8h40

Le rideau de fer du numéro 17 n'était pas encore levé que Sandrine Vaugelade tenait déjà sa liasse de formulaires contre la vitrine, dans l'attente d'un agent du service urbanisme qui ne viendrait pas avant dix heures. La veille au soir, la Ville de Limoges a publié un arrêté suspendant pour dix-huit mois toute nouvelle autorisation d'enseigne lumineuse dans le périmètre du secteur sauvegardé, soit environ 62 hectares couvrant l'essentiel du centre historique, de la place de la Motte au quartier de la Cité.

Trois vitrines attendent. C'est peu, et c'est beaucoup.

Sandrine Vaugelade exploite une petite librairie-papeterie depuis mars 2024, au 17 rue du Clocher, à trois cents mètres de la cathédrale Saint-Étienne ; son dossier d'enseigne avait été déposé complet le 12 juin, avec le devis de l'atelier, le plan de façade au 1/50e et la fiche technique des modules LED, et le 29 août elle a reçu un courrier de deux pages lui annonçant que l'instruction était suspendue jusqu'à nouvel ordre, sans autre précision sur les voies de recours ni sur un éventuel dédommagement des frais déjà engagés. Le bandeau en chêne massif, long de 3,10 mètres, a été commandé, payé, puis refait une fois parce que la teinte ne correspondait pas à celle de la devanture voisine. Une bâche grise recouvre l'emplacement de l'enseigne depuis le printemps, et deux clients ont demandé si le magasin avait fermé. « J'ai payé le dépôt de dossier, j'ai fait refaire le bandeau en bois par un menuisier de Couzeix, et maintenant je ne peux pas poser les lettres », dit-elle. Le bandeau est stocké chez le menuisier, faute de place dans l'arrière-boutique.

Rue du Clocher, 8h40

Ce que l'arrêté change concrètement

Le texte vise les enseignes éclairées par l'intérieur, les caissons rétroéclairés et les lettres lumineuses, dans les rues classées en secteur sauvegardé ; il ne touche ni les enseignes peintes, ni les plaques gravées, ni les lettres découpées non lumineuses, ce qui laisse à un commerce la possibilité de faire fabriquer sa plaque en PVC gravé ou en laiton, de la poser et de rouvrir normalement. Ce qui bloque, c'est le raccordement lumineux, et lui seul. Aucune dérogation n'est prévue pour les dossiers déposés avant le 1er septembre.

Philippe Vincent, qui établit les devis chez Martyniastream, allée Gambetta, a vu arriver cinq demandes de modification entre le 1er et le 3 septembre. « Les gens me demandent si on peut transformer leur projet en quelque chose d'éclairé. Je leur réponds que ce n'est pas mon métier et que ce n'est pas ce qu'ils ont commandé », explique-t-il. Son atelier travaille depuis 2000 sur des plaques de porte, des vitrophanies et des lettres découpées ; il n'intervient ni sur les veilles électriques, ni sur les circuits d'alimentation.

Anaïs Dubois, qui suit les achats, a dû rappeler deux fournisseurs de modules d'éclairage pour annuler des commandes de profilés en aluminium. Le montant cumulé des commandes annulées atteint 4 780 euros hors taxes au 3 septembre, selon le relevé qu'elle tient à jour. Ce chiffre ne concerne que trois dossiers, tous situés boulevard Gambetta et rue de la Boucherie.

Un commerçant du numéro 9 rue de la Boucherie, qui préfère ne pas donner son nom, a reçu son refus d'autorisation le 2 septembre à 11h15. Il avait commandé un caisson lumineux de 1,80 mètre sur 40 centimètres, livré et stocké dans sa réserve depuis le 21 août. Le caisson est toujours dans son carton, contre le mur du fond, sous une pile de boîtes de thé.

Un périmètre qui n'est pas homogène

Le secteur sauvegardé de Limoges s'étend de la place de la Motte au quartier de la Cité, en incluant la rue du Clocher, la rue de la Boucherie, la rue du Consulat et une partie de la rue Lansecot ; il a été créé en 1968, révisé en 2007, et sa dernière modification portait sur les devantures du secteur piéton, ce qui explique que certains commerçants aient découvert la nouvelle règle par courrier plutôt que par une réunion d'information. L'arrêté du 1er septembre ajoute une couche de contrôle sur les enseignes, sans toucher aux stores, aux bannes ni aux vitrines elles-mêmes.

Le maire-adjoint en charge du commerce, Thierry Beaufils, justifie la décision par le nombre de dossiers déposés depuis dix-huit mois : 47 demandes d'enseignes lumineuses, dont 31 dans le seul secteur sauvegardé. « On arrive à une densité lumineuse qu'on ne maîtrise plus le soir », dit-il, en citant les rues de la Boucherie et du Consulat, où les enseignes se font face sur moins de six mètres de largeur.

La suspension court jusqu'au 1er mars 2028. Aucun calendrier n'est arrêté pour la charte qui doit la remplacer.

Les commerçants concernés ne contestent pas le principe d'une charte. Ils contestent le moment. Entre le 1er septembre et le 15 octobre, la rue du Clocher accueille trois ouvertures : une fromagerie au numéro 23, un atelier de réparation de vélos au numéro 31, et le déménagement de la librairie Vaugelade au numéro 17. Les trois dossiers sont bloqués au même stade, et les trois gérants ont écrit séparément à la mairie sans recevoir de réponse à ce jour.

À l'atelier, un planning refait en deux jours

Chez Martyniastream, le planning de septembre a été refait en deux jours. L'atelier de l'allée Gambetta, à deux pas du parc Victor-Thuillat, produit des plaques gravées pour des cabinets, des commerces et des collectivités ; les lettres découpées en vinyle adhésif représentent une part stable de l'activité depuis 2019, et rien de tout cela ne dépend d'une autorisation d'éclairage, mais certains clients avaient commandé les deux en un seul passage, la plaque et l'enseigne lumineuse, ce qui oblige à défaire puis à refaire des devis déjà signés.

« On explique aux gens qu'on peut poser la plaque, la vitrophanie, le numéro de porte, et que la partie lumineuse, ce n'est pas nous », résume Camille Morel, qui suit l'administration de l'atelier. Depuis le 1er septembre, elle a reçu onze appels de commerçants cherchant à savoir si leur devis déjà signé restait valable. Neuf fois sur onze, la réponse est oui, à condition de retirer la ligne éclairage.

Le carnet de commandes de septembre affiche 34 dossiers en cours, contre 41 l'an dernier à la même date. La différence s'explique en partie par deux clients qui ont repoussé leur projet à 2027, et en partie par la fermeture annuelle de deux semaines en août. La baisse n'est pas imputable au seul arrêté, mais elle tombe au mauvais moment : septembre et octobre représentent d'ordinaire le pic d'activité avant les fêtes.

Les horaires n'ont pas changé. Lundi au jeudi, 8h30 - 17h30 ; vendredi, 8h30 - 15h00 ; week-end fermé. Le téléphone, le 05 16 64 38 77, sonne davantage entre 10h et midi depuis une semaine, constate l'atelier, et les questions portent presque toujours sur la même chose, ce qui finit par prendre du temps sur les dossiers en cours et sur les relances de fournisseurs.

Ailleurs sur le territoire, rien ne bouge

Le gel ne concerne que le secteur sauvegardé. À Couzeix, à Panazol, à Isle, aucune restriction nouvelle n'est venue s'ajouter cet été. Un gérant d'auto-école de Panazol, rencontré le 2 septembre, a fait poser sa nouvelle vitrophanie sans difficulté, en quarante-huit heures. Il ignorait l'existence de l'arrêté limougeaud.

La Ville de Limoges n'est pas la première à prendre ce type de mesure : Saintes, Périgueux et Brive ont adopté des dispositifs comparables depuis 2019, avec des durées allant de douze à vingt-quatre mois, et à Brive la suspension avait été levée au bout de quatorze mois, après l'adoption d'une charte signée par les associations de commerçants ; aucun de ces précédents ne dit ce qui se passera à Limoges, où la concertation n'a pas encore commencé. Le calendrier municipal prévoit une réunion publique le 24 septembre à 18h30, salle du Conseil, rue de la Comédie. Les commerçants du secteur y sont invités, sans ordre du jour diffusé à ce jour.

Sandrine Vaugelade compte s'y rendre, formulaires sous le bras. « Je ne demande pas d'argent, je demande de pouvoir mettre mon nom au-dessus de ma porte », dit-elle.

Le secteur sauvegardé de Limoges s'étend de la place de la Motte au quartier de la Cité, en incluant la rue du Clocher, la rue de la Boucherie, la rue du Consulat et une partie de la rue Lansecot ; il a été créé en 1968, révisé en 2007, et sa dernière modification portait sur les devantures du secteur piéton, ce qui explique que certains commerçants aient découvert la nouvelle règle par courrier plutôt que par une réunion d'information.

Camille Morel, Administration