Une tranchée ouverte tout l'été
Le panneau vert planté à l'angle de la rue de Bellac et de l'avenue des Ruchoux annonçait une fin de travaux au 14 mars 2026. La nouvelle mention ne précise pas l'année, et personne n'a communiqué officiellement sur ce report : ni la mairie annexe, ni la direction de projet, ni les quatre entreprises qui se partagent le chantier, dont une basée à Couzeix et une autre à Isle, toutes sollicitées sans réponse.
La tranchée principale, ouverte en février entre le numéro 14 et le numéro 48, est restée béante pendant tout l'été, protégée par des barrières Nadar et deux plaques d'acier. Les travaux portent sur le remplacement d'une conduite d'eau potable posée en 1958 et sur l'enfouissement d'un réseau électrique basse tension, sur environ 640 mètres. Ni l'assainissement ni la voirie définitive ne sont concernés.
La circulation à double sens a cédé la place à un alternat manuel aux heures de pointe, tenu par deux agents en gilet orange postés de part et d'autre du trou. La ligne de bus 12, qui desservait l'arrêt « Bellac-Cimetière », a été déviée par la rue de la Font-Macaud depuis le 3 mars, et le trajet entre la place d'Aine et Beaubreuil, qui prenait onze minutes, en demande aujourd'hui dix-neuf selon les relevés affichés à la station.
Le four, le garage, la navette
Chez Christelle Bardet, qui tient la boulangerie-pâtisserie « Le Four de Bellac » depuis 2009, la perte de chiffre atteint 18 % sur mai, juin et juillet. Son comptoir du matin, qui servait surtout les salariés partant vers le nord de la ville, s'est vidé en quelques semaines. Elle a réduit ses fournées de 15 %.
« Le client qui doit faire un détour de deux kilomètres ne vient plus acheter une baguette, il va au supermarché », dit-elle.
Au numéro 31, le garage associatif « Roue Libre 87 » a déplacé son atelier dans une cour arrière, accessible par la rue du Clos-Rousseau. Son coordinateur, Mehdi Ferrant, a négocié avec un propriétaire privé la location d'un terrain de 120 mètres carrés pour 210 euros par mois ; l'atelier tourne désormais sur rendez-vous, les mercredis et samedis. « On a perdu le passage, mais pas les adhérents », résume-t-il. Le cabinet dentaire du 52 a maintenu sa patientèle, les rendez-vous se prenant par téléphone, même si sa secrétaire, Nathalie Rougnon, note une hausse des retards de quinze minutes en moyenne liée au stationnement, et si le marché du jeudi place d'Aine a perdu deux forains sur onze depuis avril.
La première parade est venue des habitants. Un collectif informel, « Bellac Debout », animé par une retraitée du quartier, Suzanne Vergnaud, a obtenu en juin la réouverture piétonne d'un passage de 40 mètres entre la rue de Bellac et la rue de la Font-Macaud ; le sol a été stabilisé avec 3 tonnes de gravier compacté, payées par une cagnotte qui a réuni 1 240 euros.
La deuxième concerne les livraisons. Deux points de dépose relais ont été installés, l'un au 8 rue de la Font-Macaud, l'autre à l'angle de la rue des Trois-Chênes, où les colis arrivent avant 9 heures. Ce système absorbe environ 35 colis par jour, très loin des 400 quotidiens d'un site classique.
La troisième est une navette privée lancée le 4 mai par deux autoentrepreneurs, qui relient la rue de Bellac à la place d'Aine toutes les vingt minutes, de 7 h 30 à 18 h 30, pour un euro. Elle compte aujourd'hui 62 abonnés hebdomadaires. Aucune subvention, aucune convention avec la mairie.
Trois ordres de service, onze jours d'arrêt
Le premier ordre de service a été notifié le 6 février 2026 pour un démarrage le 17. Un deuxième, daté du 22 avril, a suspendu le chantier onze jours : une canalisation en fonte non répertoriée, posée avant 1950, a dû être déviée. Un troisième, du 30 juin, a prolongé la durée de quatre mois et demi.
La raison invoquée tient à la disponibilité des pièces de raccordement. Un lot de vannes et de brides, commandé en mars auprès d'un fournisseur de Limoges, n'a été livré qu'en juillet, en deux fois, alors que le délai annoncé était de six semaines ; plusieurs chantiers du secteur ont connu la même attente sur des composants en fonte ductile, ce qui laisse penser que le problème dépasse largement le cadre de cette rue.
Le coût global, voté en 2024, était de 1,42 million d'euros. La révision liée aux travaux supplémentaires et à la prolongation d'installation de chantier sera présentée au conseil municipal à l'automne. Aucun chiffre définitif n'existe à ce jour. Les dernières opérations — raccordements individuels, essais de pression, remise en état des trottoirs — prendront au minimum sept semaines après la fin du terrassement.
Deux autres rues dans le même cas
La rue de Bellac n'est pas isolée : deux chantiers comparables, l'un avenue des Ruchoux, l'autre rue de la Font-Macaud, ont été décalés au premier semestre 2026 pour des motifs identiques.
Une réunion publique est annoncée pour le 15 septembre à la maison de quartier de Beaubreuil, à 18 heures, en présence du maître d'ouvrage et de la direction de projet.
Rien n'indique que les commerçants retrouveront leur niveau d'activité antérieur. Christelle Bardet a calculé qu'il lui faudrait un hiver correct pour compenser. Mehdi Ferrant envisage de garder sa cour arrière même après la réouverture. Les deux fondateurs de la navette disent vouloir continuer jusqu'en décembre, puis décider.
Le dossier complet des travaux, ordres de service compris, est consultable à la mairie annexe de Beaubreuil aux heures d'ouverture habituelles. Pour une question sur ce chantier, ou pour un besoin d'enseigne et de signalétique de chantier, l'atelier Martyniastream répond au 05 16 64 38 77, du lundi au jeudi de 8h30 à 17h30 et le vendredi de 8h30 à 15h00.